Historique

Historique de la Bibliothèque publique de Cornwall

À ses débuts en 1890, la Bibliothèque publique de Cornwall emprunte le visage d’un « Mechanics’ Institute ». Ici, dans la salle de lecture de l’édifice Turner – qui devient plus tard ‘édifice Glengarry – sur la rue Pitt, s’implante le noyau de la collection de la bibliothèque publique. Fort des cotisations des membres (les hommes paient 0,50 $ par année et les femmes, 0,25 $), des dons et des subventions de 100 $ de la Ville, l’institut s’abonne aux principaux journaux et revues, prête des livres « destinés à élever les goûts du lectorat » et organise une école du soir pour « une classe de gens dont l’éducation a été négligée ».

Cette initiative connaît tellement de succès que les habitants de la ville pressent le conseil de prendre en main la bibliothèque et de l’ouvrir gratuitement à tous les contribuables. Peu après la naissance de la bibliothèque municipale vers 1896, un bâtiment convenable est construit pour environ 6 000 $ avec des fonds accordés par la Carnegie Foundation. Lorsqu’elle s’installe dans ses nouveaux quartiers à l’angle sud-ouest de la Deuxième Rue et de la rue Sydney, la bibliothèque compte déjà 710 membres et contient environ 3 500 livres, surtout des romans.

Ainsi, la Bibliothèque publique de Cornwall est principalement un centre de lecture écréative sous la surveillance de Mme Linda Clarke dont « les services englobent l’époussetage et l’entretien du poêle ». Les membres du conseil participent activement à l’administration de la bibliothèque : par exemple, ils choisissent les livres (chaque livre dont l’achat est approuvé doit porter la signature d’au moins quatre membres du conseil) et congédient un concierge qui a élu domicile dans la cave.

Non pas toutes les acquisitions de la bibliothèque sont achetées : des citoyens imbus d’esprit civique font des dons reflétant les domaines d’intérêt de l’époque. Mme Bigelow ’empresse de faire parvenir des périodiques de la Women’s Christian Temperance Union; Mme Ada Gregg donne une revue sur la théosophie que le conseil d’administration classe en vue d’un examen approfondi. Plus tard, soit dans les années 1930 et 1940, la famille d’Archie Dover donne des livres sur les Juifs et l’antisémitisme. Par contre, trois livres rédigés par les Lindbergh sont retirés des rayons pendant la Deuxième Guerre mondiale, à la demande du secrétaire municipal.

Toutefois, cette guerre entraîne rapidement la bibliothèque à faire parvenir ses revues aux troupes sur le champ de bataille : des périodiques sont envoyés à la Ligue navale chaque mois par l’entremise de l’Ordre impérial des filles de l’Empire (IODE). La bibliothèque enregistre en bonne et due forme un fusil allemand, qu’elle conserve comme une relique.

Un certain catalogage des livres est effectué en 1912 et en 1913 par Mme Clarke et « deux dames de Morrisburg », mais ce n’est qu’en 1938 qu’un poste permanent de cataloguiste est créé. À ce moment-là, la collection de la bibliothèque comprend environ 3 300 ouvrages documentaires, 5 000 ouvrages de fiction, 600 ouvrages documentaires pour enfants et environ 2 700 romans pour jeunes. Seuls les ouvrages de fiction circulent; les ouvrages documentaires pour enfants ne sont pas encore classés.

En réponse à des demandes de la population, la bibliothèque s’abonne à des périodiques français et commence à bâtir un petit fonds de livres français vers la fin des années 1920. C’est une francophone, Marie Tanguay, qui est la première femme à siéger, en 1934, au conseil d’administration traditionnellement masculin de la Bibliothèque publique de Cornwall en tant que personne nommée par le Conseil des écoles catholiques.

La Bibliothèque publique de Cornwall demeure sensiblement la même jusqu’au départ à la retraite de Mme Clarke après la Deuxième Guerre mondiale, bien que le manque d’espace dans le bâtiment de 1903 ne tarde pas à se faire sentir. Au-delà de mille livres sont entreposés chez George Smith dans l’édifice Snetsinger de la rue Pitt dans les années 1930; plus tard, ils sont confiés à la Central Public School. En partie pour décharger les rayons, on place des collections de livres dans les écoles élémentaires et au Cornwall Collegiate. En 1925, se tient la première discussion sur l’agrandissement de la bibliothèque; en 1941, le conseil municipal convient par vote d’aller de l’avant et de consacrer à cette fin 6 000 $; cependant, ce n’est qu’en 1956 que l’on quitte finalement et démolit l’édifice Carnegie pour emménager dans la maison Cline, un pâté de maisons plus à l’est sur la Deuxième Rue.

J.D. Fry, qui prend les rênes en 1948, est le premier bibliothécaire professionnel de Cornwall. Possédant une formation en génie, il s’installe dans la ville en sachant que la bibliothèque occuperait à la longue un nouvel édifice. Dans l’intervalle, il ne tarde pas à donner à la bibliothèque une orientation plus commerciale en y faisant installer un téléphone, par exemple, et en modifiant la collection de manière à mettre fortement l’accent sur les ouvrages documentaires.

M. Fry doit démissionner pour des raisons de santé, mais Ethel Dewar, qui lui succède en 1953, continue de moderniser la bibliothèque publique. Elle embauche une bibliothécaire pour enfants et établit les assises d’une section pour enfants avec le précieux soutien du club Kinsmen. En 1955, la bibliothèque est en mesure d’acheter 5 500 nouveaux livres, qui représentent au-delà du quart de sa collection, grâce à un don de 10 000 $ du club Kinsmen. Trois ans plus tard, ce club lui fait un autre don de 500 $ pour l’achat de livres d’initiation à la nature. Mais une bibliothèque centrale bien dotée pour les jeunes ne suffit pas : il faut faire acquérir aux enfants des écoles urbaines l’habitude de fréquenter la bibliothèque. C’est pourquoi, en 1961, une bibliothèque circulante se met en route à destination des écoles élémentaires et des parcs de Cornwall.

Si la maison Cline peut accueillir la bibliothèque, c’est grâce en grande partie au bibliothécaire provincial, Angus Mowat, père de l’écrivain Farley Mowat. On célèbre l’ouverture officielle en donnant un dîner à l’hôtel Cornwallis, auquel participe le bibliothécaire national, W. Kaye Lamb. Peu de temps après, l’espace étant à nouveau devenu insuffisant, des plans ‘agrandissement sont dressés : l’aile Simon Fraser, le projet de Cornwall à l’occasion de son centenaire, est inaugurée par le premier ministre Lester Pearson et Robert Stanfield en 1967. Non seulement la ibliothèque est réaménagée, mais elle renferme désormais une section technique dont l’établissement est attribuable à une importante subvention des industries de la région. Finalement, l’aile Simon Fraser même est agrandie en 1979, en partie grâce à la générosité continue du club Kinsmen (70 000 $). L’aile Simon Fraser abrite les ouvrages de fiction et l’aile Kinsmen, les bureaux, les ouvrages de référence, le matériel audiovisuel et la salle pour enfants F.B. MacMillan – ainsi nommée en l’honneur de l’ancienne directrice de la Central Public School et membre du conseil ‘administration de la Bibliothèque publique de Cornwall pendant 50 ans.

Mme MacMillan représente également Cornwall au conseil d’administration de la Fédération des Bibliothèques de l’est de l’Ontario, créée en 1965 pour appuyer les petites ibliothèques de la région notamment par l’aménagement de bibliothèques-ressources comme celle de Cornwall. Avec l’aide de la Fédération, on lance un projet pilote en 1968 afin de éterminer le besoin de services de bibliothèque dans les comtés unis environnants : une bibliothèque circulante, administrée par la bibliothèque de la ville et dotée de ses livres, se rend dans les communautés rurales. Ainsi naît, en 1970, une entité distincte : la Bibliothèque des comtés. Elle conserve toutefois la bibliothèque circulante à l’intention des communautés trop petites pour ue des bibliothèques secondaires puissent s’y établir – celles-ci sont créées d’ailleurs dans les années 1970 – et partage le personnel professionnel et de bureau avec la bibliothèque de la ville. Est à la tête de la Bibliothèque publique de Cornwall et des bibliothèques des comtés unis la directrice et bibliothécaire en chef, Anne Nyland, successeure de Mme Dewar en 1964 et instigatrice du gros des travaux d’agrandissement des bibliothèques.

Ainsi, l’institut humanitaire initial se transforme en un centre d’information hautement perfectionné – disques, films, livres enregistrés, livres envoyés par courrier et services aux foyers pour personnes âgées de la région s’ajoutent à ses services dans les années 1960 et 1970. La Bibliothèque publique de Cornwall devient un point de convergence pour ceux et celles qui veulent non seulement parfaire leurs connaissances, mais trouver le refuge nécessaire au libre cours de leur imagination.